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A la scène

Les Solitaires intempestifs

adaptation d'après (Ce fou de Platonov) de Anton Tchekhov, (Journal de Paris et d'ailleurs 1936-1942) de David Gascoyne, (La noce) de Anton Tchekhov, (Le Duel) de Anton Tchekhov, (Un couple raconte une histoire) de Kurt Tucholsky, Belle du seigneur de Albert Cohen, Chroniques maritales de Marcel Jouhandeau, Der Process de Franz Kafka, Dödsdansen de August Strindberg, Hedda Gabler de Henrik Ibsen, Here we are de Dorothy Parker, Jules et Jim de Henri-Pierre Roché, La Dame aux camélias de Alexandre Dumas Fils, La Maman et la Putain de Jean Eustache, Le rouge et le noir de  Stendhal, Les Egarements du cœur et de l'esprit de  Crébillon fils, Madame Bovary de Gustave Flaubert, Mes Parents de Hervé Guibert, Penser, classer de Georges Perec, The Great Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, The voyage out de Virginia Woolf, They Shoot Horses, Don’t They? de Horace Mac Coy, Über die Dörfer de Peter Handke

mise en scène Jean-Luc Lagarce (1992)

 

Présentation de la pièce par Lagarce

pour la plaquette de saison 1991/1992 du Théâtre Granit, Belfort

Parfois, c’est comme un mélodrame, et puis comme une chanson, ou un film ou le souvenir d’un livre qu’on croirait connaître ou tout simplement le récit des vies que nous pensons avoir vécues.

Hélène et Alexandre auraient pu se rencontrer simplement, au début, tout de suite, lorsqu’ils étaient jeunes et faire leur vie ensemble. Lui, il ne la voit pas vraiment.
Alexandre épouse Béatrice, c’est l’été. Elle chante, tout le spectacle, elle chante, c’est une très belle femme. Elle comprend, « comme ça », on voit ça, elle comprend que Hélène aime l’homme qu’elle épouse.
Dans la troisième partie, elle meurt.
De maladie, par exemple ou encore dans un accident de voiture. Il y a une longue scène, c’est l’automne, il y a une longue scène à l’hôpital. C’est la première fois dans ce groupe de gens que quelqu’un meurt et ensuite plus rien ne sera pareil.
Félix et Louise forment, tout au long de l’histoire, toutes ces années, « un beau couple », c’est l’expression qu’on emploie.
Plus tard – c’est la mariage de Béatrice et Alexandre – Louise est enceinte. C’est l’été.
A l’hôpital – c’est l’automne, je l’ai dit – lorsque tous, ils sont autour du corps de Béatrice, on comprend qu’ils se retrouvent. L’enfant est par là, il est grand maintenant, il se promène avec un walkman sur la tête.
Alexandre, Félix et Hippolyte sont amis. Les trois hommes sont amis. Pas amis, non, solidaires. Et différents et encore ils ne se souviennent plus comment ils se connurent et les raisons de ça, cette amitié.
Hélène va d’un homme à l’autre et jamais on ne l’aime vraiment. On l’aime bien.
Plus tard, mais c’est presque fini, plus tard, elle refait sa vie avec Alexandre après la mort de Béatrice, ou bien plutôt, Alexandre refait sa vie avec elle.
Hippolyte et Solange sont mari et femme, dès le début, presque aussitôt et ils le restent jusqu’à la fin.
Ils n’auront jamais d’enfant.
Solange porte un tailleur indémodable et elle dit ça, « il lui fait bien du profit ».
Elle et Hippolyte, ils s’enrichissent. Ce n’est pas un crime, je ne sais pas, mais ils s’enrichissent.
Félix porte souvent les autres, les enfants endormis, les hommes ivres ou les femmes évanouies. Parce qu’il est fort, mais aussi parce qu’il est bon. Personne ne le porterait s’il tombait mais il ne tombe jamais, de toute façon.

01/09/1991