Il est impossible de résister au charme de l'écriture de Jean-Luc Lagarce. Tout y est subtil, sensible, intelligent, élégant et drôle, sans jamais être facile. C'est une matière vivante, pleine de richesses qui laisse beaucoup d'espace à l'acteur et au jeu.
Son écriture semble posséder son rythme propre, sa grammaire propre. Il n'est pas question de réalisme ou d'écriture du quotidien, mais la vie est là, en condensé, jaillissante, bouleversante, surprenante.
Derniers remords avant l'oubli, retrace une situation dramatique simple : des amis se retrouvent après une longue absence pour régler le problème de la maison qu'ils avaient achetée ensemble quelques années auparavant. C'est le point de départ, prétexte aux règlements de comptes, aux malentendus, aux retours en arrière nostalgiques, aux arrangements avec le présent. Comment chacun a négocié le passage difficile des illusions de la jeunesse aux réalités et aux compromis de l'âge adulte.
Ce sont des tiraillements, ces déceptions, ces renoncements qui intéressent Jean-Luc Lagarce. Il traque au détour de chaque mot, chaque respiration, ce qui peut trahir ces mouvements de l'âme et du cœur. C'est ce que j'ai envie de faire vivre sur un plateau de Théâtre, ce mélange de grandeur et de petitesse qui nous anime, qui peut nous rendre monstrueux ou sublimes, ridicules ou attachants.
Ce texte de Jean-Luc Lagarce impose rigueur et simplicité, pour un travail au plus près des acteurs et de leurs mouvements intérieurs, au plus près des confrontations et des situations souvent drôles ou incongrues, un travail à l'image de son écriture, tout en détail et en finesse.
Il écrivait : Montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, cela, exactement cela, les hommes et les femmes tels qu'ils sont, la beauté et l'horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s'enfuient et cherchent à se détruire elle-mêmes, effrayées de leurs propres démons.
Sophie Duprez-Thebault