Elles sont cinq : trois sœurs, leur mère et « La Plus Vieille ». Elles attendent : un frère, un fils. Un jour, déjà ancien, le père a chassé le fils (l’unique). Ce
fils est parti comme il était déjà parti auparavant, chassé comme il avait déjà été chassé, mais cette fois-ci, il n’est pas revenu.
Le père est mort, l’attente a perduré. Et puis ce jour-là, l’Aînée le voit revenir « C’est à ce moment exact, lorsque vient le soir, c’est à ce moment exact qu’il apparut et
que je le vis » dit-elle. C’est une apparition : « une sorte de visage étrange de vieillard, ou le corps d’un homme jeune comme devenu vieux trop tôt », dit sa mère. Il
redevient l’enfant qu’il fut, qu’il n’est plus mais qu’il est encore : un enfant vieux. C’est un étranger, un spectre qui ne parle pas ou peu, un revenant, « revenu de
ses guerres », comme Ulysse.
Depuis, il est conservé dans la maison familiale, là-haut dans sa chambre et il se meurt. Les cinq femmes parlent, seules.
Le frère est présent-absent, et c’est cet état qui va libérer la parole de chacune, cet état qui va agir chimiquement, comme agit le révélateur des clichés photographiques. Rien
n’a bougé et pourtant la photo est plus nette, plus intense et plus vivante.
Le retour est une figure récurrente du théâtre de Jean-Luc Lagarce.
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne est la pièce la plus emblématique de ce « retour de l’enfant prodigue », car la plus simple dans sa
structure avec son chœur de cinq femmes,. C’est une histoire de famille que toutes les familles du monde peuvent se réapproprier. Depuis la nuit des temps, les femmes attendent
les hommes partis à la guerre ou en mer. Et le retour du guerrier est malheureusement un sujet qui touche de près les familles russes.
« Elles vont se déchirer, danser leurs danses, chercher l’amour, exiger, vouloir qu’il leur parle, qu’il sorte de son sommeil, elles ne veulent pas comprendre, elles nous
détruiront la vie, elles ne songent pas à mal, mais elles nous détruiront la vie, à longueur de journée, à essayer d’obtenir je ne sais quelle vérité. »
Jean-Luc Lagarce – J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne - La Mère –