Phèdre et Oénone, perdues dans l'espace, dans leur obscurité, se refusant à la lumière et sans cesse confrontées à elles-mêmes, à leur propre histoire... Il ne reste plus rien du
royaume, des colonnes et des palais : les deux femmes , éternellement liées, revivent à l'infini leur propre tragédie, définitivement solitaires, solidaires... Le reste, le
monde dans lequel elles vivaient, dans lequel elles vivent, les autres personnages... Hippolyte, Thésée, Aricie... Est-ce que tout, désormais, n'existe pas dans leur tête, dans
leur rêve ?...
Se heurtant sans cesse au Destin, se battant avec lui, refusant qu'il ne les engloutisse et perpétuellement renvoyées à leur propre image...
Sur la ligne ténue entre la lecture (ce qui nous reste de l'Oeuvre) et le jeu (le peu qui ne fut pas englouti dans le discours), les deux personnages n'ont plus qu'un but : enrayer le mécanisme qui les broient...
Jean-Luc Lagarce