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Son œuvre

Ses pièces

Les Orphelins

de Jean-Luc Lagarce

 

Extrait : Séquence deux

ThCII, p.207-209

DEUX

LA FEMME. – Le lendemain de sa mort‚ ils se retrouvent ainsi‚ les trois autres hommes‚ ses fils peut-être et la femme encore‚ épouse ou... comment est-ce qu’on dit‚ le mot qu’on emploie ?... « compagne » de l’un d’entre eux.

LE PLUS AGÉ. – ... un peu perdus‚ égarés... (« tristes »‚ je ne l’ai pas dit...) je ne sais pas‚ « orphelins »... ?

LA FEMME. – Non.
Rien de tout cela‚ ces petites mines‚ rien. Ils se retrouvèrent comme cela‚ sans savoir quoi penser. Quels droits désormais seraient les leurs. Et fatigués aussi‚ oui‚ c’est bien possible‚ envisageable‚ comme étourdis de la nuit qu’ils venaient de passer‚ la première sans lui‚ vivant‚ là‚ parmi eux.

LE PLUS JEUNE. – Pourquoi est-ce que tu lui parles comme ça ? A quoi est-ce que cela sert ? Dis-lui les choses franchement‚ avec cruauté‚ s’il est nécessaire. N’hésite pas toujours à lui faire un petit peu mal...

LE PLUS AGÉ. – Il dit... celui-là qui est le plus jeune des trois‚ qu’on pourrait croire enfant presque‚ et sentimental‚ et soucieux de tendresse... il dit qu’il faut frapper fort et juste. Il demande qu’on en finisse ?

LA FEMME. – La fille‚ il me semble bien‚ elle descend la dernière (j’en suis certaine‚ je revois parfaitement la scène)‚ comme à regret‚ venant les rejoindre. Elle dort plus longtemps et ne se lève ce jour-là que très tard. Qu’elle reste longuement dans sa chambre‚ attendant son heure ou préparant ses bagages‚ comme nous le verrons plus loin.

LE PLUS AGÉ. – Des domestiques... fort possible‚ fort probable‚ dans un tel état d’esprit... une ambiance (c’est très important cela‚ c’est même‚ dans le cas qui nous occupe‚ l’essentiel‚ l’ambiance‚ l’atmosphère)... c’est fort possible‚ on en conviendra avec moi‚ qu’il y ait des domestiques‚ on ne peut faire les choses à moitié... une idée qui ne déparerait pas l’ensemble... Des domestiques‚ ce matin-là‚ on ne voit rien‚ pas la moindre trace.

LE PREMIER HOMME. – Ce qui se passe : « Dans une atmosphère extrêmement lourde... est-ce la saison ? Une chaleur habituelle dans ce pays lointain... »

LE DEUXIÈME HOMME. – « ... aux confins d’une ancienne colonie... » C’est ce qui est écrit.

LE PREMIER HOMME. – Ce qui se passe : « Sous le ventilateur... vous imaginez... ils se retrouvent ensemble‚ libres en quelque sorte‚ mais un peu seuls‚ éparpillés‚ sans le lien‚ désormais‚ qui les réunissait... leur unique but dans la vie... »

LA FEMME‚ elle rit. – Sirotant sous la véranda...

LE PLUS AGÉ. – Pour en terminer avec ce chapitre annexe‚ on peut admettre qu’on donna leur journée aux domestiques... occasion inespérée de fêter l’événement... ou qu’on leur intima l’ordre (c’en était un‚ et c’est un des deux hommes... le plus jeune s’en moque... c’est un de ceux-là qui le donna)... qu’on leur intima l’ordre de ne pas se montrer...

LE PLUS JEUNE. – Bien évidemment‚ nous la regardions descendre. Depuis hier‚ elle n’a pas dit un mot.

LE DEUXIÈME HOMME. – Je ne me souviens pas avoir jamais connu une autre manière de commencer la journée‚ une autre façon de se mettre en route... elle‚ descendant l’escalier‚ et nous quatre‚ les hommes plus ou moins jeunes maintenant‚ l’attendant...

LA FEMME. – C’est tellement difficile‚ de plus en plus...