EVE. – Eve Harrington.
Je ne sais pas pourquoi la ville‚ dès l’entrée… la ville me parut belle… et je crus aussitôt que j’étais arrivée à destination… J’ai quitté l’autobus trop tôt‚ ce n’était que la
banlieue… Je découvris‚ plus tard… il y avait déjà quelques années que j’étais là‚ à attendre… je découvris plus tard que Hollywood est elle-même… n’est elle-même que la banlieue
d’autres villes plus grandes encore‚ mieux construites… Je ne sais pas si cela est déjà arrivé à l’un d’entre vous‚ mais si c’est le cas‚ celui-là en garde certainement le
souvenir : lorsque je suis entrée dans cette ville‚ dans ce que je croyais être son centre et n’était que sa périphérie‚ je ne connaissais personne‚ je n’y étais jamais venue
et déjà‚ c’est un détail dont je me souviens et il n’est pas négligeable‚ la nuit commençait à tomber…
A vrai dire‚ ce que j’avais imaginé‚ je ne sais plus très bien… la même chose que tout le monde‚ je voulais être actrice‚ faire quelque chose de passionnant avec ma propre vie‚ et
c’est ici désormais que j’allais m’y employer… Mais aussitôt‚ il m’est revenu en tête une ancienne terreur : je ne savais rien de l’endroit où j’étais et pour l’heure‚ dans
le plus proche immédiat‚ je ne connaissais pas d’endroit où dormir… La peur me reprit et elle ne me quitta plus.
J’étais extrêmement jeune… on s’en souvient‚ et je décidai que j’allais marcher et marcher encore et lorsque le matin viendrait‚ je me reposerais‚ seulement à ce moment-là‚
lorsque tout‚ les rues et les gens‚ sont en pleine lumière. Je décidai cela et je le fis.
Cette première nuit de ma vie ici‚ j’ai longuement pensé à 93 Margot Channing‚ la carrière qu’elle a faite et la chance‚ ou la malchance‚ je ne savais plus‚ il m’arrivait de
penser une chose et son contraire‚ la chance et la malchance que j’avais eues de la connaître et d’entendre son conseil…
Je remontais lentement les boulevards et au petit matin‚ je suis arrivée au centre de la ville.
Le second jour‚ je n’ai rien fait‚ j’étais épuisée et je ne pouvais me décider à choisir à quel endroit en premier j’irais m’adresser. Le troisième jour‚ j’étais épuisée. Le
quatrième‚ j’ai pensé à la survie de mon corps… à la honte et au ridicule…