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Son œuvre

Ses pièces

Les Prétendants

de Jean-Luc Lagarce

 

Extrait 2 : Le discours de Mariani

LP, p. 80-82 / ThCIII, p. 178-180

MARIANI. – Non, quelques mots, rien de plus. Quelques mots pour dire simplement que je suis très heureux au nom du ministère, et au nom des services que je représente, très heureux du choix de monsieur pour remplacer monsieur.
Très heureux.
Evidemment.
Evidemment, puisque c’est notre choix !
(Il rit, à peine.)
Ce choix, soyons sérieux, ce choix, on le sait, on le devine, ce choix ne se fit pas sans réflexion. On voudra bien admettre qu’il ne s’agirait alors guère de choix.
(Il rit à nouveau, à peine.)
Il est dans la suite logique…
Il s’inscrit dans la suite logique de l’action entreprise par monsieur Raout – et son équipe dynamique, et sa dynamique équipe – action entreprise depuis, on l’a vu, ou si on ne l’a pas vu, on l’a dit, et c’est la même chose, action entreprise depuis de nombreuses années avec dévouement et que nous suivions avec le plus grand intérêt, la plus grande attention. Jusqu’alors, et je sais qu’on reproche souvent à l’Etat cette attitude, mais l’Etat est l’Etat, on me pardonnera cette évidence, et ce n’est pas une mince affaire.
(Il rit encore, très peu)
Jusqu’à maintenant, donc, on a pu – et ce n’est pas monsieur Raout qui dira le contraire – jusqu’à maintenant, on a pu, ici ou là et ici surtout,
(il rit)
on a pu reprocher, j’y arrive, on a pu reprocher à l’Etat une position passive de spectateur. Je n’ignore pas, en disant cela, combien, vu de loin, les lenteurs extrêmes de l’administration peuvent sembler les actes volontaires d’une absence de politique.
Oui, la position passive du spectateur lointain, un attentisme regrettable.
Les choses ne sont pas simples, on ne le dit peut-être pas encore assez souvent, mais jamais l’urgence ne fut bonne conseillère et les grandes collaborations ne se firent pas en un jour, l’affaire est plus connue qu’on ne croit.
Ce que je voudrais dire, enfin, et surtout, car à moi aussi, il tarde d’en finir, ce que je voudrais dire, c’est que ma présence aujourd’hui, et notre participation au choix de monsieur pour remplacer cet autre monsieur, ne sont pas le début d’une ombre de symbole, on l’imaginera aisément.

Je suis venu aussi vous informer de la volonté du ministère de s’engager dorénavant, et clairement – parce que tout de même – et financièrement aussi, bien sûr, j’allais l’oublier, ce qui n’est pas tout, mais ce qui n’est pas rien, je suis venu aussi affirmer (on ne dit plus ça, on dit « réaffirmer », toujours, je ne me trompe pas ?) je suis venu aussi affirmer les engagements de l’Etat dans votre ville et dans l’action qui nous intéresse, nous réunit, aujourd’hui.
Monsieur Später saura, nous n’en doutons pas, les mener à bien.
Nous y veillerons aussi, cela va sans dire.

D’aucuns ont pu supposer la fin d’un projet, l’autorité de l’argent sur le bénévolat, la destruction d’illusions sympathiques en leur temps, au profit d’une action plus limitée, médiatique – le mot est jeté, il fallait s’y attendre, le craindre – ceux-là n’ont pas tort, mais ils découvriront, ils le doivent, je n’en doute pas, la vertu de leurs torts.

Bien.

Je crois que nous pouvons peut-être...
Chère madame...
Si vous le souhaitez...

POITIERS. – Oui, oui. Je vous remercie, monsieur, au nom de la municipalité, de votre visite, bien sûr, elle me touche, mais encore, c’est dans la logique des choses, mais encore de la décision – et je sais que vous n’y êtes pas pour rien – mais encore de la décision du ministère de nous aider, désormais à conduire notre politique dans cette maison et à expérimenter de nouvelles actions.

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