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J.-L. Lagarce pendant une répétition du Malade imaginaire
© Lin Delpierre

© theatre-contemporain.net

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Son œuvre

Ses pièces

Les Prétendants

de Jean-Luc Lagarce

 

Extrait 1 : Entrée de Schwartzer

LP, p. 21-23 / ThCIII, p. 119-121

Entrée de Joseph Schwartzer.

BRULAT. – Joseph Schwartzer et sa pochette assortie.

BLOT, à Später. – Celui-là ?

NELLY. – J’en étais certaine, voilà Schwartzer !

SPÄTER. – Sous-chef, plus gros que le ventre.

NELLY. – Tu es toujours là à attendre, incapable de te décider, et moi, idiote comme je suis, moi à tes côtés, on dirait deux pauvres, l’idée que j’ai, deux pauvres ! et Schwartzer fait sa petite entrée...

RIPOIX. – Que veux-tu que je fasse ? Sincèrement ?
Je ne vais pas me jeter en avant, dans leurs jambes, comme ça, est-ce que je sais ?

SCHWARTZER. – Salut, Max. Tu vas bien ?
Bonjour, Nelly, vous allez bien ?
Je suis en retard ?
Bonne mine, Nelly.

NELLY. – Cela va très bien, en effet. Bonjour, Joseph.

MARI DE BRULAT. – Bonjour, Schwartzer. Je suis content de vous voir. Je suis là, aussi.

RIPOIX. – Ce n’est pas commencé, non, nous arrivons à l’instant, nous avons dû nous manquer, à peine, si nous avions su, nous t’aurions attendu.
Tu vas bien, Schwartz, le grand jour ?

SCHWARTZER. – Cela ne me préoccupe pas du tout. Je ne savais pas si j’allais venir.
Bonne mine, vraiment, je suis content, rayonnante.

MARI DE BRULAT. – Mais il est vrai encore que vous n’avez rien à craindre.

BRULAT. – Tais-toi ! Tu ne sais pas !

NELLY. – Qui pourrait craindre quoi que ce soit ?
La peur, toutes ces choses-là ?

POITIERS, à Raout. – Excusez-moi, Paul, je peux vous dire un mot ?
(Aux autres.)
Vous voudrez bien nous excuser une demi-minute ?
(A Raout.)
Je ne suis pas contente, Paul, permettez-moi de vous le dire, j’en suis désolée, vous me connaissez, ce n’est pas mon genre d’intervenir de la manière suivante, mais, permettez-moi de vous le dire, je ne suis pas contente.
Pas du tout, pas du tout, du tout, du tout. Mais pas du tout du tout.
Mariani s’est retrouvé seul à la gare, je ne sais pas si vous imaginez cela, personne pour l’attendre, nous nous serions passés de cela, ce genre d’incident est vraiment tout ce que j’apprécie.
Je ne sais pas qui devait se charger de lui, s’en charger, je ne le sais pas, et je ne demande pas à le savoir, vous devez le comprendre aisément. Je suppose – j’aime à le croire ! – je suppose que vous avez fait le nécessaire, prévu les choses, ce sont des points de détail essentiels qui se prévoient. Je ne doute pas que vous ayez donné des ordres dans ce sens – je ne m’imagine pas le contraire – mais, très très sincèrement, vous me permettez de vous le dire, très sincèrement, c’est ennuyeux, malheureux c’est le mot, très ennuyeux : il est venu jusqu’ici en taxi, ce n’est pas sérieux, pas sérieux du tout, du tout, pas du tout du tout, je tiens à vous dire.

RAOUT. – Ah ? Bon ? Ah ? Non ? C’est fou, je vous l’accorde. Intolérable, c’est ce que je veux dire. Je pensais que quelqu’un s’en était occupé.
Je suis désolé très franchement, vous le comprendrez, désolé – le contraire ce qui serait étonnant – j’étais persuadé que quelqu’un s’en était chargé. Vous ne doutez pas que ce n’est tout de même pas moi qui dois, en plus...

POITIERS. – Je comprends, Paul, comprenez-le, mais tout de même, permettez-moi de vous le dire, vous le faire remarquer, je ne veux pas savoir qui est responsable, mais ce n’est pas d’une intelligence frénétique, c’est ennuyeux, c’est malheureux, pas d’autre mot.