La citation de ce texte paraît intéressante dans la perspective d'une lecture "ouverte" de Juste la fin du monde. Sans nier sa part biographique, il s'agit de remettre la pièce dans le contexte de l'œuvre de Jean-Luc Lagarce.
Ce carnet n’est pas daté mais il est clair qu’il s’agit des premières notes concernant Retour à la citadelle. La pièce ayant été achevée en 1984, nous pouvons a priori
estimer que le texte suivant remonte à 1983.
1re Partie :
Lui : C’est l’histoire d’un homme à l’origine, c’est l’histoire d’un homme qui veut mourir… ou bien encore, c’est plus probable… c’est l’histoire d’un homme qui croit qu’il va… qu’il va ou qu’il veut… L’histoire d’un homme qui croit qu’il veut mourir… C’est un peu compliqué ? Je ne sais pas… Ou bien encore, c’est la troisième éventualité… Est-ce qu’il n’y a pas systématiquement une troisième éventualité ?… Ou bien encore c’est tout au plus… mais je ne veux pas dire par là que c’est une situation moins respectable… comment dire ? moins digne d’intérêt… Une situation moins à même d’être prise en considération… Ou bien encore… la troisième éventualité… ou bien encore… c’est certainement cela l’unique raison qui guida l’ensemble… Ou bien encore, c’est l’histoire d’un homme qui voudrait bien voir les autres lorsque lui sera mort… C’est un homme qui se raconte une petite histoire où il meurt et il continue toutefois… c’est essentiel ce « toutefois »… et où il continue toutefois de regarder le monde…
(Un temps.)
A la limite… cela aussi est peut-être immédiatement à retenir… A la limite c’est peut-être… ce sera peut-être… lorsqu’il sera mort… ce sera peut-être, pour lui, la première fois où il regardera le Monde… la première fois où il envisage de le contempler… C’est l’histoire d’un homme loin de sa maison, de la ville où il vécut, qui, peu à peu, un soir par exemple, se laisse aller à une petite scène de mélancolie, un de ces petits moments délicats de chute libre. Il se couche sur le dos et il attend.
(…)
Jean-Luc Lagarce