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Son œuvre

Ses pièces

Les règles du savoir-vivre dans la société moderne

de Jean-Luc Lagarce

 

Extrait 3 : Le Mariage religieux

SV, p.30-34 / ThCIV, p.34-38

Le mariage religieux.

Le mariage religieux se célèbre le matin‚ en général ; il a plus de pompe en cette partie de la journée‚ à cause de la messe. Tout le monde est beaucoup plus en forme‚ on vient juste de se lever‚ on a bonne mine.

Le père et la mère de la mariée reçoivent leurs invités au salon. Le marié‚ quant à lui‚ a précédé tout le monde‚ en compagnie de ses parents. Ils sont arrivés aux aurores.

La jeune épousée‚ elle‚ ne paraît qu’au dernier moment ; elle descend l’escalier‚ portant à la main le dernier bouquet blanc que lui adressa‚ le matin‚ celui qui est déjà son mari‚ de par la loi civile. Elle est pleine de sa fraîcheur matinale.

Elle est habillée avec une simplicité relative.

Les diamants sont de trop et nous exclurions même les riches et lourdes dentelles. La toilette doit être virginale et non fastueuse. Robe de satin à longs plis‚ en hiver ; draperies aériennes de soyeuse mousseline des Indes en été ; guirlandes parfumées des fleurs de l’oranger‚ mêlées aux roses blanches et myrtes‚ n’est-ce pas la plus adorable des parures sous le nuage du voile ? Au plus ajouterions-nous un fil de perles au cou de notre fille.

Le marié porte l’habit ou son grand uniforme‚ s’il appartient à l’armée.

Quand tout le monde est arrivé – et c’est le cas d’être exact – on monte en voiture pour se rendre à l’église. La mariée occupe la première voiture‚ elle a son père et sa mère avec elle. Dans la seconde voiture‚ le marié et ses parents. Jamais rien de compliqué. Les témoins prennent place dans les troisième et quatrième voitures avec des parentes des mariés. Ce ne sont pas des jeunes filles. Les jeunes filles d’une manière générale doivent être à part‚ protégées et habilement encerclées‚ je n’insiste pas.
Les autres invités s’arrangent des autres voitures‚ je ne saurais tout prévoir !

On doit‚ autant que possible – ce jour-là au moins‚ on peut faire un effort – on doit associer une personne de la famille ou des amis de la mariée à une personne de la famille ou des amis du marié. Tout cela se combine d’avance‚ car combine et rien d’autre. Mais là encore‚ il y a une règle à observer : les jeunes filles ne montent pas – même à deux – dans une voiture où elles seraient seules avec des hommes qui n’appartiendraient pas à leur proche parenté.

Arrivé sous le porche‚ le cortège se forme.
La mariée au bras de son père ; le marié avec sa mère ; la mère de la mariée conduite par le père du marié ; les demoiselles et les garçons d’honneur ; les témoins et les dames avec lesquelles ils sont venus en voiture. Les jeunes filles derrière. C’est facile.

La mariée a pris le bras gauche de son père‚ toutes les dames doivent prendre le bras gauche de leur cavalier. Si le père de la mariée est militaire‚ elle s’appuie sur son bras droit et toutes les autres femmes suivent son exemple‚ bras droit pour tout le monde.

A l’entrée de la mariée‚ tous les invités à la messe se lèvent. Ceux qui sont venus pour l’époux sont à droite de la nef‚ ceux qui sont venus pour la mariée se sont placés à gauche.

La mariée s’avance sans porter les yeux autour d’elle. Elle marche droit vers ce qui l’attend.

Bien peu d’épousées restent naturelles sous tous les regards fixés sur elles. Certaines mariées ont le don d’agacer ou d’amuser les assistants. Un peu de trouble est nécessaire mais il n’est pas obligatoire qu’une mariée prenne l’air‚ comme l’a dit le poète Victor Hugo‚ de la victime couronnée de fleurs qu’on conduit à l’autel. Mieux vaudrait s’avancer délibérément‚ ce serait moins sot. Qu’elle soit émue‚ cela se conçoit ; heureuse et un peu effrayée‚ on l’espère‚ mais si elle est bien élevée‚ si elle possède une dose suffisante de tact‚ en un mot‚ si elle n’est pas trop gourde‚ elle évitera aussi bien les airs penchés que les airs assurés‚ elle ne donnera pas plus dans la pruderie outrée que dans l’aplomb excessif.

Le père de la mariée la conduit à sa place : le prie- Dieu placé à gauche et auprès duquel brûle un cierge. Il est facile à repérer.
Le marié vient s’agenouiller auprès d’elle sur l’autre prie-Dieu. C’est plus simple encore pour lui.

On a convenu au moins huit jours à l’avance‚ avec le prêtre qui la bénira‚ de l’heure‚ des détails‚ et du prix de la cérémonie‚ inévitable‚ car prix à payer et pas d’autre mot. On n’en discute plus à cet instant précis.

Les anneaux ont été remis à un sacristain qui les offre habilement sur un plateau‚ au moment de la cérémonie où ils sont échangés. La date du mariage est gravée à l’intérieur de chaque anneau avec le prénom de la femme dans l’anneau du mari et le prénom du mari dans celui de la femme. Ce n’est pas très difficile à suivre et extrêmement simple à retenir.
Les mariés écoutent‚ assis‚ l’allocution que le prêtre leur adresse. Celui-ci parle debout sur les marches de l’autel‚ mais‚ bien évidemment‚ il s’approche des époux pour les unir. Le marié et la mariée se lèvent alors et l’époux prend dans sa main droite la main droite de l’épouse‚ ce qui oblige la jeune fille à se contorsionner un peu‚ mais cela ne durera qu’un court moment.

Aux questions que l’on sait :
« Prenez-vous pour femme... ? etc. »‚
ils répondent :
« Oui. »

Ils ne désunissent pas leurs mains pour s’agenouiller sous la bénédiction du prêtre et l’aspersion‚ car aspersion. Si on a bien voulu s’exercer chez soi‚ s’agenouiller à deux en se tenant main droite dans main droite‚ sous aspersion d’eau n’est pas si difficile. On ne se marie qu’une fois et tout n’est jamais que question de volonté.

La célébration terminée‚ on passe à la sacristie pour signer l’acte de mariage et recevoir les félicitations des invités.

La mariée sort de l’église au bras de son mari.
Son père offre son bras à la mère du marié.
Le père du marié offre son bras à la mère de la mariée‚ tout le monde peut suivre‚ il suffit de comprendre le principe‚ on fait des échanges d’une famille à l’autre et ensuite on décline‚ ce n’est pas compliqué‚ un membre masculin d’un côté avec un membre féminin de l’autre et ainsi de suite‚ etc.‚ bon...

Les invités de la messe ont regagné leurs places et sont debout sur le passage du cortège. Ils sont très contents. Le marié et la mariée saluent à droite et à gauche en souriant avec beaucoup de soin.
Les mariés remontent seuls en voiture‚ c’est le plus souvent un coupé et on rentre à la maison pour manger.

Toujours ainsi que cela continue.

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