La pièce de Jean-Luc Lagarce est une réécriture d'un manuel de la Baronne Staffe, née Blanche Soyer, paru en 1889 : Usages du monde : Règles du savoir-vivre dans la
société moderne.
Nous vous en proposons ici quelques extraits.
On donne à son premier né, pour parrain, son grand-père paternel, pour marraine sa grand'mère maternelle. Le second enfant aura, pour parrain, son grand-père maternel, pour marraine, sa grand'mère paternelle. Et ainsi de suite, dans les deux familles, par rang d'âge et alternance de sexes, s'il est possible. Cependant, on peut désirer d'assurer à ses enfants des appuis en dehors de la famille, où aide et protection leur sont naturellement accordées. Mais, alors, c'est aux grands-parents à vous tenir quitte du choix déférent que vous aviez fait d'eux, pour tenir votre enfant dans les fonts baptismaux. Dans ce cas, on doit encore pressentir les dispositions des personnes amies ou des protecteurs et supérieurs qui peuvent être utiles à l'enfant, en s'intéressant à lui à titre de filleul. Mais comme il y a beaucoup de gens qui ont la répugnance à assumer les charges matérielles et morales qui incombent à ceux qui ont répondu pour l'enfant, on sondera les esprits à ce sujet, avec beaucoup de diplomatie et de tact. Il ne faut pas s'exposer à recevoir un refus mortifiant ; il faut encore moins risquer d'embarrasser des personnes trop polies et trop délicates pour décliner le choix qu'on fait d'elles, mais trop indolentes ou trop pauvres pour supporter, sans être ennuyées, les frais ou les devoirs imposés par le titre de parrain. On voit qu'il est bon de réfléchir en cette circonstance et de ne pas demander ce genre de service à la légère. D'autre part, un homme qui croirait pouvoir être utile à un enfant, en devenant son parrain, cet homme devrait faciliter au père des démarches qui sont toujours pénibles à faire dans la crainte d'un insuccès. Les règles réglées et acceptées, d'un côté de la marraine comme du côté du parrain, on met en rapport le compère et la commère, s'ils ne se connaissent pas encore. C'est le père de l'enfant qui présente le parrain à la marraine huit jours avant la cérémonie. Est-il besoin de dire que, s'il faut des époux assortis, il est bon également que le parrain et la marraine aillent ensemble, c'est-à-dire qu'ils aient mêmes manières, même éducation ?